Toute Petite

Les filles et le foot

 

Quand deux passionnés de foot décident de créer un blog intelligent pour présenter les matchs qui les intéressent et s’interroger sur les nombreux aspects de la planète footballistique, ça donne ça. De quoi briller en soirée en restituant leurs brillantes analyses et se cultiver à l’occasion des tribunes libres, sur le thème Foot et Culture par exemple…

Voici donc un article extrait de leur blog :

« L’expression Culture Foot caractérise souvent les connaissances footballistiques d’un passionné, parfois le savoir « technico-tactique » d’un joueur ou d’un manager, mais jamais le lien qui existe entre Football et Culture. D’ailleurs d’aucuns diraient que la juxtaposition de ces deux mots frôle l’oxymore ! Pourtant, la popularité du football et le « phénomène sociologique » qu’il représente en font si ce n’est un témoin, au moins un reflet de son époque. Le football est ainsi le prétexte ou le thème principal d’œuvres artistiques diverses et variées et notamment cinématographiques : du divertissement (Joue-là comme Beckham de Gurinder Chadha) au documentaire (Maradona de Emir Kusturica) en passant par le film politico-social (Hooligans de Lexi Alexander).

 

C’est à ce dernier genre cinématographique que nous nous intéresserons pour ce premier volet, autour du film Hors-Jeu de Jafar Panahi.

Dans Hors-Jeu, Jafar Panahi filme les alentours du stade de football de Téhéran dans lequel se joue une partie décisive pour la qualification à la Coupe du Monde 2006 : Iran-Bahrein. Si les Iraniens remportent ce match à domicile et valident leur ticket pour l’Allemagne, les principaux protagonistes du film ne voient pas une minute de ce match et pour cause : ce sont des femmes. Ces dernières ont réussi à se procurer un billet puis à rentrer dans le stade, « maquillées » en garçons (l’entrée dans un stade est interdite aux femmes depuis 1979, en Iran). Mais alors qu’elles s’apprêtent à prendre place en tribune, elles sont démasquées et « parquées » à quelques mètres de là. Dès lors, elles ne vont vivre le match qu’au rythme des acclamations des spectateurs et grâce aux descriptions (approximatives) de leur geôlier.

Ce film tourné « en direct » (unité de temps et de lieu) avec des comédiens amateurs, se veut polémique mais pas provocateur : Jafar Panahi montre la réalité telle qu’elle est et s’il veut engendrer une prise de conscience du spectateur, il ne cherche pas pour autant à choquer en exacerbant les rapports hommes-femmes, bien au contraire. Les personnages masculins du film (les militaires qui ont arrêté les supportrices) ne sont pas caricaturalement désagréables à l’encontre des demoiselles mais ne font qu’appliquer la loi, sans pour autant céder aux revendications des jeunes filles. C’est cette simplicité, ce « réalisme » qui fait la force du film. Hors-Jeu, au travers de cette « ségrégation footballistique », se veut le reflet d’une société au sein de laquelle le mal être est partagé entre ceux qui appliquent la loi et celles qui la subissent.

 

Le film a remporté le Grand Prix du Jury (Ours d’Argent) au festival de Berlin en 2006. »

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